Vacances : « Chou, j’ai bien marchandé! » par Jean-Marie qui a payé 45€ pour une paire de babouches

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photo : qimono (pixabay)

Il était certain d’avoir fait une bonne affaire. Et pourtant…

Jean-Marie Kemper, 56 ans, profite pleinement de ses congés payés en compagnie de son épouse Monique, 53 ans. Cet été, ce couple sans histoire a décidé de fêter leur 25e anniversaire de mariage, en s’offrant une semaine de vacances au soleil. « Les enfants ont insisté pour que l’on parte, explique Monique. Ils ont dit qu’ils viendraient s’occuper du chat, alors j’ai dit à mon mari : partons. » Après moult hésitation, les époux choisissent comme destination la Tunisie « pour le soleil, argumente Jean-Marie, parce qu’en Belgique, on a toujours des étés pourris. » Direction Port El Kantaoui, et l’Hôtel Diar Loukoum pour un séjour en demi-pension. « On n’a pas voulu prendre la pension complète ; vous voyez, mon mari et moi avons petit appétit » se justifie Monique. Au programme : plage, piscine, et surtout : de belles promenades dépaysantes sur la jetée du Port.

C’est précisément au cours de l’une de ces balades que le drame va survenir… « C’était le jeudi, se souvient précisément Monique. Je m’en souviens précisément, car c’était le jour du marché. » En apercevant cette ribambelle d’échoppes débordant de bibelots et autres mets locaux, Jean-Marie se met en branle. Et pour cause : il s’est promis de rapporter un souvenir typique de ce pays lointain « si c’est pour ne rien ramener, alors autant ne pas partir, s’explique-t-il. Et puis, les gens seraient capables de dire qu’on n’y est pas allés. » Ainsi, c’est tout jovial, et d’un pas fier et décidé, que notre bonhomme se dirige tout droit sur le premier étal. Malgré ses efforts, Monique ne parvient pas à l’en dissuader : « J’étais fatiguée et je voulais rentrer, mais il a insisté : il voulait absolument faire des achats. Un vrai tiestu. Je fus réticente, car notre budget était serré. Mais il tint à me rassurer, et me dit : « chou, ne t’inquiète pas, je vais marchander. » Ces mots me hanteront toute ma vie. »

Monique quitte donc son mari l’esprit tranquille, pour regagner l’hôtel. « Je suis retournée dans la chambre et je me suis reposée en l’attendant. Une heure, puis deux sont passées. Je commençais à me faire du mouron, je me demandais : mais où ce grand saisi est-il encore passé ? J’ai cru qu’il lui était arrivé malheur, ou pire, qu’il avait rencontré une jeunette sur internet. » Ce n’est qu’après trois heures et vingt-deux minutes qu’enfin, elle entend le ‘clic’ caractéristique de la serrure de la porte, et le cliquetis de la poignée de la porte qui s’abaisse. « J’ai tout de suite reconnu l’odeur de sa chemisette sans manches et le bruit étouffé de ses slashs sur la moquette. J’ai tourné la tête et il était là, devant moi, avec son sourire victorieux, brandissant au-dessus de sa tête un sac en plastique bleu à rayures blanches. »

« Il m’a dit : « Chou, j’ai bien marchandé ». Je l’ai cru de bon cœur, mais ensuite, je n’en ai pas cru mes oreilles » … Ni ses yeux, tandis que Jean-Marie, son cher époux, extrait du sachet une paire de babouches jaune canari qu’il agite sous le nez de Monique. « Les défauts de fabrication m’ont sauté aux yeux : le cuir était usé, c’était très probablement de la mauvaise imitation. Les motifs commençaient déjà à se détacher, et les semelles étaient légèrement trouées. Et la couleur, dans un style « analyse d’urine noyée de paillettes » était tout simplement ignoble. Je l’ai regardé avec effroi, en lui demandant : chou, tu n’as quand même pas payé trop cher pour ces abominations ? » Et Monique reste bouche bée, alors que son mari lui annonce l’impensable : cette paire de babouches artisanales lui a coûté 45 euro.

« Encore aujourd’hui, je suis convaincu d’avoir fait une bonne affaire, soutient Jean-Marie. Le gars en voulait d’abord 270 euro, j’ai dû l’amadouer pendant plus de deux heures pour qu’il accepte de descendre son prix à 45 euro. » S’il aime marchander, il reconnaît cependant qu’avoir trop bon cœur est son défaut principal : « Cela doit rester un sport ; si le type était descendu plus bas, il n’aurait pas pu nourrir sa famille ce soir-là. C’est ce qu’il m’a dit. Et je ne veux pas être responsable de la faim d’un enfant, même tunisien. »

La suite des vacances s’annonce électrique entre les deux époux, opposés par ce qu’on appelle désormais dans la région « The Ugly Yellow Babouche Incident« . D’autant que, par crainte que son épouse ne s’en débarasse, Jean-Marie ne quitte plus ses babouches des pieds. « Il va même se baigner avec, le biesse type, et il compte bien les ramener en Belgique, peste Monique. J’espère que le chat ira chier dedans ! »

E.K.

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